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internationnale situationniste N°04 — Juin 1960
Description de la zone jaune
Constant

Cet îlot, qui est situé en bordure de la ville, doit son nom à la couleur d’une assez grande partie de son sol, notamment au deuxième étage à l’Est. Cette particularité ajoute à l’atmosphère plutôt joyeuse qui prédispose l’îlot à son adaptation comme zone de jeux. Les différents niveaux — trois à l’Est, deux à l’Ouest — sont soutenus par une construction métallique, dégagée du sol. Pour la construction portante des étages et des bâtiments à l’intérieur, on à utilisé le titane ; pour les pavés et le revêtement des cloisons et parois, le nylon. La légèreté de cette construction explique non seulement l’emploi minimum de supports, mais aussi une grande souplesse dans le maniement des différentes parties, et la suppression totale des volumes. La construction métallique peut être considérée comme la base pour un aménagement d’éléments-types, meubles, interchangeables, démontables, favorisant la variation permanente du décor. Aussi, la description qui suit se bornera au cadre général de l’aménagement. La formation en niveaux superposés implique que la plus grande partie de la surface doit être éclairée et climatisée artificiellement. On n’a cependant nulle part cherché à imiter les conditions naturelles, mais, au contraire, tiré profit de cette circonstance, en créant des conditions climatologiques et des modes d’éclairage. Ceci fait partie intégrante des jeux d’ambiances qui sont une des attractions de la zone jaune. Il est à noter, d’ailleurs, qu’en plusieurs endroits on passe brusquement au plein air.

On peut arriver dans cette partie de la ville soit par voie aérienne, la terrasse offrant des terrains d’atterrissage ; soit, au niveau du sol, en voiture ; soit, enfin, par train souterrain — selon les distances à parcourir. Le niveau du sol, coupé dans toutes les directions par des autostrades, est vide de bâtiments, à l’exception des quelques pilotis qui portent la construction, et d’un bâtiment rond, de six étages (A), qui supporte la partie en porte-à-faux de la terrasse. Ces supports, autour desquels on a prévu des terrains pour le stationnement des moyens de transport, contiennent les ascenseurs qui mènent aux étages de la ville ou dans son sous-sol. Le bâtiment (A) qui héberge des services techniques, est séparé du reste de l’îlot et seulement accessible à partir de la terrasse ou du rez-de-chaussée. Tout le reste est intérieurement communiquant et constitue un grand espace commun, dont il faut seulement retrancher deux bâtiments à la périphérie de la ville, qui contiennent des logis (B et C). Entre ces deux bâtiments - logis, dont les fenêtres donnent sur le paysage, se trouve, à l’angle Nord-Est de la ville et dépassant la terrasse supérieure, le grand hall de l’arrivée (D), construction métallique couverte de tôle d’aluminium, de forme assez libre, dont les deux étages contiennent la gare des voyageurs, et les dépôts pour la distribution des marchandises. Ce hall se trouvant encore au plein air, l’intérieur de l’îlot même est entièrement couvert

La partie de l’Est est verticalement divisée en deux étages couverts, plus la partie de la terrasse où se trouve l’aérodrome, Au moyen de cloisons meubles, les étages sont aménagés en un grand nombre de salles communiquantes — horizontalement, aussi bien que par des escaliers, verticalement — et dont les ambiances variées sont continuellement changées par des équipes situationnistes, en rapport avec les services techniques. On y pratique surtout des jeux intellectuels.

La partie de l’Ouest apparaît d’emblée plus compliquée. On y trouve la grande maison-labyrinthe, et la petite (L et M), qui reprennent et développent les anciens pouvoirs de la confusion architecturale : les jeux d’eau (G), le cirque (H), le grand bal (N), la place blanche (F) sous laquelle est suspendue la place verte, qui jouit d’une vue splendide sur le trafic des autostrades qui passent en dessous.

Les deux maisons-labyrinthes sont constituées par un grand nombre de chambres de forme irrégulière, des escaliers à vis, des coins perdus, des terrains vagues, des culs-de-sac. On y va à l’aventure. On peut se retrouver dans la salle sourde, revêtue de matériel isolant ; la salle criarde aux couleurs vives et aux sons écrasants; la salle des échos (jeux d’émetteurs radiophoniques) ; la salle des images (jeux cinématographiques) ; la salle de la réflexion ques) ; la salle du repos ; la salle (jeux des influences psychologides jeux érotiques ; la salle de la coïncidence, etc. Un séjour de longue durée dans ces maisons a l’effet bénéfique d’un lavage de cerveau et il est pratiqué fréquemment pour effacer les habitudes susceptibles de naître.

Les jeux d’eau se trouvent entre ces deux maisons, en plein air, la terrasse au-dessus ayant une ouverture à cet endroit, _ qui laisse voir le ciel. Des jets d’eau et des fontaines s’y mêlent à des palissades et constructions de formes ‘bizarres, dont une grotte de verre, chauffée, où l’on peut se baigner en plein hiver, tout en regardant les étoiles.

En empruntant le passage K qui, au lieu de fenêtres, est équipé de larges lentilles optiques qui agrandissent énormément la vue sur Pilot voisin, on arrive au grand bal. Ou bien, on passe sur les terrasses autour des jeux d’eau, qui surplombent la place blanche, visible plus bas, où se tiennent des manifestations ; et qui donnent aussi accès à la place verte de l’étage en dessous. En descendant sous cette place, on peut trouver des voitures publiques qui mènent dans d’autres quartiers.

La zone jaune est le premier itinéraire des Promenades à New-Babylone, guide descriptif des ilots-maquettes dont l’assemblage constitue un modèle réduit de la « ville couverte ». Constant, dans le numéro 3 de ce bulletin, a formulé les principes de base de cette hypothèse particulière d’urbanisme unitaire.

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